FAIRE VIVRE la revue EDWARDA avec SAM GUELIMI
Où l'éditrice Sam Guelimi nous raconte comment elle crée Edwarda, maison d'édition et revue éponyme, pour "transformer l'exil en royaume", pour elle et les auteurices qui y trouvent un espace fertile
Bonjour,
J’espère que vous vous portez bien.
Le mois dernier, Eva Kirilof écrivait dans sa newsletter La Superbe comment la reconnaissance tardive des femmes dans le monde de l’art nous prive de la possibilité pour ces artistes de « commenter et prendre pleinement part à la manière dont leurs œuvres sont diffusées ». Cette réflexion a fait extraordinairement écho à ce que je tente, je crois, de déployer ici : un espace qui archive, au présent, la fabrique de celles et ceux qui créent, avec leurs propres voix.
Aujourd’hui, j’avais envie de vous donner à entendre la voix de l’éditrice Sam Guelimi, qui a créé et continue de faire vivre la maison d’édition Edwarda et la revue du même nom, depuis 16 ans maintenant. Je voulais lui laisser l’espace le plus large possible pour se raconter, pour exprimer ce qu’elle voulait faire avec Edwarda, sa façon de travailler, de créer de façon si prolifique avec ses auteurices, de faire œuvre. Dans cet entretien, elle raconte que dire son travail, c’est le légitimer.

J’écris régulièrement pour la revue Edwarda depuis trois ans maintenant. Sam Guelimi m’avait contactée pour me proposer d’y écrire après avoir lu le livre que j’ai co-écrit avec Maaï Youssef sur l’écriture et la maternité1. Je lui avais répondu en lui envoyant une photo des premiers numéros d’Edwarda, dans ma bibliothèque. Il y a des rencontres écrites.
Edwarda est une revue atypique, protéiforme, qui a grandi et s’est transformée avec les années. La semaine prochaine sortira le livre collectif Palpitations urbaines, qui rassemble des textes (dont le mien, dont je vous reparlerai) autour de la ville, comme espace géographique, mais aussi comme espace mental, « un organisme vivant qui nous habite autant que nous l’habitons » pour reprendre les mots du « brief » d’origine de Sam.

Si vous voulez le découvrir en avant-première, un goûter est organisé le samedi 23 mai (ce samedi) dans le studio d’Edwarda à Paris, à 14h. Vous pouvez contacter Sam de ma part sur la page Instagram pour vous inscrire. J’y serai.
Mais voici donc notre conversation avec Sam. Je lui avais envoyé mes questions par mail, elle m’a répondu par audios, sur ma demande. J’avais envie que vous entendiez, vraiment, sa voix. Néanmoins, j’ai retranscrit aussi ses mots pour qu’il reste une trace écrite et pérenne de sa parole.
Cet échange m’est particulièrement précieux. J’espère qu’il le sera pour vous aussi.
L.D. : Bonjour Sam. Lors du dernier goûter Edwarda, tu donnais cette image, celle d’un jardinier qui depuis des années prend soin d’arbres fruitiers qui donnent des fruits délicieux et quand vient le temps de raconter comme ces fruits prodigieux naissent, on demande à un agronome d’expliquer, qui n’a jamais eu les mains dans la terre. Je voulais te demander à toi de me raconter un peu des coulisses d’Edwarda. Si tu en es d’accord ?
Pour commencer, je voulais te poser la question des débuts : Edwarda a 16 ans, seize ans pour une revue c’est immense. Est-ce que tu te souviens de sa naissance ? Comment l’idée de créer une revue t’est venue ? Peux-tu me raconter la naissance d’Edwarda ?
S.G. : J’ai toujours eu recours aux mots pour rendre plus facile quelque chose. Je le vois aussi avec ma fille aujourd’hui, quand elle n’arrive pas à s’endormir : elle se raconte des histoires. Moi, enfant, par exemple, quand ma mère nous demandait de faire le ménage le dimanche matin - je viens d’une famille où il fallait aider - je prétendais être une femme qui tenait une auberge, qu’on me filmait, qu’on me posait des questions… C’était ma façon de rendre la chose plus supportable. Quand je suis arrivée à Paris, à la mort de ma mère, je découvrais mon corps autrement. Dans le sud de la France, où j’ai grandi, dans ma famille, mon corps maigre était vu comme un corps pauvre, un corps qu’on moquait. À la danse classique, où j’allais avec l’aide d’un foyer, les petites bourgeoises dodues se moquaient de moi, je me cachais pour ne pas y aller. À Paris, j’ai découvert qu’il y avait une autre lecture de ce corps-là. Je m’y suis intéressée, je me suis interrogée sur le pouvoir qu’il pouvait avoir. Et je découvrais en même temps les livres, les films et tout ce qui pour moi a été une vraie bouée de sauvetage pour faire face au deuil de ma mère, que je vois comme une terre natale, un exil. Cet exil, je l’ai vécu grâce à un territoire qui est devenu mon asile : les vivants. J’ai fait des rencontres qui ont compté : l’homme que j’aime et des amis comme Jefferson ou Dominique, Romain2. À l’époque Olivier qui dirigeait lui-même une revue. J’ai compris que ce territoire pouvait devenir un royaume et j’ai eu envie de créer cette revue. À mes côtés, il y avait Jeff mais il y avait aussi ces autres présences. Je crois que ce geste d’Edwarda est le prolongement adulte de celui de l’enfant qui se racontait des histoires pour rendre les heures supportables, se raconter des histoires ou mieux, faire que d’autres m’en racontent avec moi. Transformer l’exil en royaume.
L.D. : 16 ans de revue, ça ne peut pas venir d’un seul élan. Qu’est ce qui t’a fait continuer, tout ce temps ? Quelle ambition as-tu su faire durer ?
S.G. : Je crois que comme tout ce qui est très fort, il y a des plateaux, mais aussi des pics, des ruptures. Mes ruptures ont été dictées par mes enfants. Quand j’ai été enceinte de mon premier, j’ai eu envie de continuer seule avec la revue, parce que je sentais que des choses changeaient en moi et qu’Edwarda allait changer. Après sa naissance, je me suis arrêtée un peu, j’allaitais, j’étais entièrement tournée vers lui. Puis, il y a eu une tragédie, qui est traçable chez Edwarda, puisque c’est le numéro La vie aussi. J’étais enceinte d’une petite fille, c’était mon deuxième enfant et ce numéro, La vie aussi, je le pensais comme une célébration. Moi qui avait vécu avec cet amour absolu de la littérature, je découvrais que la vie aussi méritait d’être vécue. J’avais prévu d’apparaître pour la première fois en couverture, enceinte, pour célébrer la vie. Et la vie m’a montré son terrible pendant. Peu de temps avant que le numéro parte à l’impression, j’ai appris que ma fille était morte in utero, à terme. J’ai décidé de publier le numéro malgré tout, pour moi, pour elle et parce que je savais que ça permettrait à d’autres de dire que oui, leur enfant a bel et bien vécu, qu’elles aussi sont des mères, que les pères aussi sont des pères et qu’on n’a pas à cacher, on n’a pas à se taire pour rendre la chose plus supportable aux autres. Jefferson à ce moment-là a ajouté a posteriori un texte, où il s’adressait à ma fille et moi. C’est la première fois que Jeff faisait ça et c’est devenue ensuite une sorte de tradition, m’écrire une lettre à la fin du numéro. En faisant ce numéro, j’ai cru que ce serait mon dernier geste pour Edwarda et puis non, cette vitalité qui est la mienne et celle de tant d’autres femmes a fait que j’ai eu envie d’essayer à nouveau. J’ai finalement eu mon troisième enfant. Une petite fille. Quand je l’ai allaitée à son tour, j’ai eu à nouveau envie d’Edwarda. Je me souviens d’un ami, Jean-Paul, qui m’avait dit il y a très longtemps : Edwarda évoluera avec la femme que vous êtes. Il avait raison. Ce qui a duré, ce n’est pas une ambition figée, c’est un lien vivant, entre mon corps, mes enfants, ceux qui sont là et celle qui n’est plus là, et la revue. Edwarda n’a pas duré malgré les ruptures, elle a duré par les ruptures. Chaque rupture a été une mue. Je parle toujours de renaissance perpétuelle, c’est comme ça que je vis les choses. Plus jeune, je me disais que réussir dans la vie - tu sais ces phrases qu’on se dit enfant - se mesurait à ma faculté à devenir chaque fois plus simple. Je crois que c’est ce que j’essaye de faire avec Edwarda, que chaque numéro soit une tentative d’être au plus près de ce que je suis maintenant.
L.D. : Edwarda est une revue littéraire, de textes et d’images. À l’origine, tu étais autrice de beaucoup des photographies qui souvent étaient érotiques. Que voulais-tu raconter alors avec ces images ? Et aujourd’hui, qu’est ce que cela signifie pour toi, de faire dialoguer des images et des mots ?
S.G. : À l’origine, les photographies des premiers numéros, je les faisais moi. Beaucoup, même la plupart, étaient érotiques. Ces moments où je découvrais un autre rapport à mon corps, à Paris, pas un corps qui manque mais un corps qui parle. Je voulais raconter que l’érotisme pouvait être une scène d’expression, un jeu, une complicité. Depuis ses débuts, Edwarda a toujours été dans le sens du jeu. Comme je l’écrivais il y a quelque temps, pas une absence d’érotisme, mais un érotisme sans prédation, où le désir circule librement. Je renoue avec la photographie. Je me souviens de ces matinées d’hiver chez mon amie Valérie, qui nous ouvrait son appartement pour que je photographie Caroline (note : Caroline Boidé, autrice photographiée en couverture de Palpitations Urbaines). C’était chaleureux, c’était drôle, c’était traversé par une confiance rare. La couverture du recueil de poésie de Caroline, Gitane de la mer, paru aux éditions de la Rumeur Libre, c’est aussi une photo que j’ai prise d’elle, ce jour-là. Pour Palpitations Urbaines, Caroline a écrit sur son village secret en Espagne et on la retrouvera aussi dans d’autres photos. L’érotisme pour moi, c’est une façon d’être au monde, une écriture-peau, le corps comme langage. Mais ça ne m’empêcherait pas du tout de publier une écrivaine qui serait musulmane et voilée, parce qu’au fond la façon d’être au monde, chez Edwarda, ce n’est pas la nudité du corps, c’est la nudité du cœur.
L.D. : Je reviens à cette image de jardinier. Tu es éditrice et cela te donne un accès très particulier à la fabrique des auteurs et des autrices. Chez Edwarda, ils et elles écrivent rarement pour un seul numéro : quel regard as-tu sur l’évolution de nos écritures ? Est-ce que tu peux me raconter un peu comment tu les accompagnes ? Comment tu les nourris ?
S.G. : On parle beaucoup aujourd’hui de safe space. Je crois vraiment à cette idée, mais au sens de respect, un mot qui peut paraître usé, mais qui me semble pourtant plus juste. À l’intérieur du respect, il y a ce qui fait qu’une écriture se déploie : le désir, l’attente, l’amour des textes, la rencontre, la confiance. Accompagner, pour moi, ce n’est pas une technique, c’est un climat. Publier quelqu’un ce n’est pas se reconnaître, c’est reconnaître. Je ne cherche pas des écritures qui me ressemblent, je cherche des voix dont la vérité me traverse, à qui je peux et à qui je veux faire de la place. Je pense à Bénédicte (note : Bénédicte Heim), qui avait écrit pour La vie aussi. Pendant la période de rupture qui a suivi, je ne l’ai plus vue. Quand on s’est retrouvée, je l’ai invitée à nouveau, elle a choisi Amazuz, plutôt que le Nuancier3. Elle me disait que je parlais beaucoup de ma mère, c’est vrai. Amazuz est né après que je me sois recueillie sur la tombe de ma mère, longtemps après sa mort. La violence de cette mort avait maintenu le silence pendant des années. Amazuz a laissé remonter les mots. Bénédicte, à qui je demandais un livre, ne savait pas encore que ce livre aurait sa mère pour centre. Ce sera Ma mère est une pirate, qui paraît au printemps. C’est ça aussi Edwarda, un lieu qui révèle les écritures à elles-mêmes, pas par injonction mais par résonance. Je pense aussi aux débordements. Véronique Bergen a écrit un texte dans Amazuz et ce texte a tellement débordé qu’il est devenu La Mémoire des lieux (note : à paraître également prochainement chez Edwarda). Le débordement va aussi vers l’extérieur. Un écrivain qui a écrit pour Palpitations urbaines m’a dit récemment que son texte allait devenir un livre, pas chez moi. Et pourtant ça me rend très fière, surtout lorsqu’on a l’élégance de mentionner que le texte est né chez Edwarda. L’accompagnement ne se mesure pas à la rétention, il se mesure au débordement.

L.D. : Palpitations urbaines, le dernier numéro, s’apprête à paraître. C’est une réflexion sur les villes qui nous habitent, qu’on traverse, sur les frontières qui s’abolissent. Tu as dit que c’était un numéro particulièrement exigeant. Est-ce que tu accepterais de nous raconter les étapes de sa fabrication ? Depuis l’idée du thème, aux choix des contributeurs et contributrices, jusqu’à la fabrique même du numéro ?
S.G. : Tu le sais puisque tu es invitée à écrire à ce numéro, j’ai eu envie d’inviter autour de la ville, comme un organisme vivant, comme un territoire de tension, de désir. Elle nous habite comme nous l’habitons. Maintenant, la fabrication. Mon erreur a été, sans doute, d’accepter trop de textes, des textes trop longs. Je n’ai pas le budget d’une grande maison d’édition, je n’ai pas de correctrice salariée, je n’ai pas de service de fabrication, je fais ça avec l’aide de mes amis pour les corrections. Et donc c’était déjà très difficile de ce côté-là. Mais la grâce, malgré tout, a été la réception des textes : ces voix, très différentes, cette polyphonie, qui est la signature d’Edwarda et la constance de mes amis, Véronique (note : Véronique Bergen) , Dominique (Ristori)… qui eux n’ont jamais flanché. Donc le numéro est plus que positif malgré tout. D’ailleurs, c’est parce que j’ai eu le sentiment parfois d’être privée de la joie qui accompagne normalement la création et la naissance d’un livre, à cause des délais, des incompréhensions, qu’il m’est venu le désir d’une collection : Écrire le oui, est né de cette privation. Un lieu qui sera tout entier du côté du « oui ». Ces “oui” que je t’entends si souvent me dire, ma chère Lucille et je te remercie pour ça.
L.D. : Tu fais de plus en plus entendre ta voix, sur la page Instagram d’Edwarda, mais aussi dans les éditos, préface et postface des différents numéros et livres collectifs. Tu as également écrit Naissance d’une femme4, merveilleux recueil de textes fragmentaires, charnels et vivants. Quel est ton propre rapport à l’écriture ?
S.G. : Mon rapport à l’écriture est compliqué. J’adore les mots, j’ai confiance en moi avec les mots. Je me souviens que quand j’étais jeune fille, je me disais : si je peux parler, alors ça ira, je pourrais me défendre. Mais il y a un paradoxe. Ma mère est arrivée en France à deux ans, d’Algérie, elle a grandi dans un camp de Harkis, elle parlait très bien le kabyle avec sa propre mère, mais avec nous, elle parlait un français coloré, une langue à elle. Elle me disait par exemple cette fameuse phrase, que j’ai déjà partagé : « toi, personne te peut ». J’ai appris bien plus tard, de Sarah Kechemir, que c’était une expression algérienne, qu’elle avait traduite littéralement. Pendant longtemps, j’ai dit « pomme de douche » au lieu de « pommeau ». J’ai confiance quand je parle, mais je peux me mettre à douter de tout. Est-ce que cette expression existe vraiment ou est-ce que c’est une expression de ma mère ? Quand je commence à douter, alors là je peux douter sur chaque mot. Naissance d’une femme, je l’ai écrit par éclats et pas par choix esthétique, mais parce que je vivais ainsi. J’ai été affecté, comme toi, Lucille, puisque nous avons toutes les deux perdues notre mère à 20 ans, toi par la maladie, moi par un accident, tu l’as écrit dans Edwarda, donc je n’avais pas la force d’une vie continue, je vivais par éclats. Je vivais comme une apparition, je devais énormément me reposer, entre les rencontres, entre les rendez-vous, j’avais l’impression de n’avoir aucun don pour la vie quotidienne. C’est aussi, très simplement, que je n’avais pas l’argent pour vivre dans la confiance des autres jours. J’étais interdit bancaire donc ce que j’avais dans la poche, c’était tout ce que j’avais. Je vivais ainsi, je me brûlais, ou je brûlais la vie, donc j’écrivais aussi de cette façon-là. Aujourd’hui, j’écris différemment, pas parce que la forme a changé, mais parce que la légitimité a changé. Ce que je tente de faire avec l’Instagram d’Edwarda, avec les éditos, c’est dire mon travail. Et dire mon travail, ça m’a permis de croire en celui-ci. Aussi de le légitimer à la maison, de pouvoir dire à mon mari, à mes enfants : là, je travaille. Même si ce travail n’est pas nécessaire à l’équilibre économique de la famille, il l’est pour moi, il reste une nécessité et il exige son temps. C’est un long cheminement, me donner ce temps et le prendre.
L.D. : Tu as nommé ce que toi et moi pratiquons particulièrement depuis que nous sommes mères : la littérature de l’interstice, une écriture qui se fait dans l’urgence du quotidien, qui se fait avec la vie. Est-ce qu’Edwarda est un peu à cette image, également ? Est-ce que tu parviens à réunir tes rives avec Edwarda, tes rives de femme, de mère, d’éditrice, d’autrice ?
S.G. : Tu remarqueras qu’il y a beaucoup de bruit autour de moi : c’est les enfants. Je réponds à ta dernière question. Puisque tu avais ouvert notre conversation sur l’image du jardinier et de l’agronome, pendant 16 ans, j’ai été ce jardinier qui travaille sans le dire et je te remercie, je te remercie vivement ma chère Lucille de me permettre de raconter mon travail. La littérature de l’interstice, c’est une formule que j’avais proposée comme invitation à écrire pour Edwarda : une écriture qui se fait dans l’urgence du quotidien, avec la vie, pas à côté d’elle. Edwarda est à cette image, oui. Tout ce que je fais pour Edwarda se fait « entre », entre deux trajets d’école, entre le dîner et le coucher, entre un rendez-vous et un message à une autrice et tu vois, cet « entre », ce n’est pas un reste de temps, c’est le temps même où la pensée se fait. Est-ce que je parviens à réunir mes rives ? Franchement, je ne sais pas. Il y a encore des soirs où l’éditrice rêverait, un instant, de coucher des enfants pour pouvoir écrire, mais où la mère les regarde dormir et je crois que c’est précisément ça, la littérature de l’interstice. Ce n’est pas une écriture qui a trouvé son calme, c’est une écriture qui se fait dans le passage, dans le frottement, dans le temps volé. C’est la façon dont nous écrivons, toi, moi, beaucoup d’autres. C’est peut-être de ne pas chercher à les réunir qui me permet de les tenir toutes : la fille, la femme, la mère, la sœur, l’éditrice, je n’ai plus à choisir entre elles. Donc Edwarda ne réunit pas mes rives, elle leur donne un lieu où elles peuvent cohabiter sans se faire la guerre, un lieu où la mère n’a pas à s’excuser devant l’éditrice, où la femme n’a pas à se cacher de la grande sœur, c’est déjà beaucoup et c’est peut-être tout ce qu’on peut demander à un royaume : qu’il accueille toutes celles que l’on est.
Voilà l’entretien avec Sam Guelimi terminé. Je propose toujours à la fin de chacune des lettres de Chimères un atelier d’écriture, généralement réservé aux abonné.e.s payant, pour mettre en pratique les outils précieux glanés lors de cette conversation. Pour cette fois-ci, nous avons imaginé avec Sam une proposition un peu différente.
Voilà ce que nous vous proposons :
Sam Guelimi lance régulièrement des invitations à écrire, sur la page Instagram d’Edwarda. Voici deux invitations parmi lesquelles vous pouvez choisir.
L’Interstice : c’est là que j’écris. Répondez à cette question-affirmation en écrivant un texte qui raconte ces espaces où la vie et l’écriture s’entremêlent, « avec la vie, pas à côté d’elle », comme Sam nous le racontait plus tôt.
La Carte Postale : ici, nous vous proposons d’écrire une vraie carte postale à Edwarda, que vous pourrez photographier, recto et verso, image et texte. Votre carte pourra venir « des quatre coins du monde, des quatre points du cœur », le plus important étant votre envie de partager, de prendre part, de donner à votre tour.
Si le cœur et l’inspiration vous en dit, vous pouvez répondre à l’une et/ou l’autre invitation, et participer à votre tour à l’aventure Edwarda. Vos textes et cartes postales seront diffusés sur le compte Instagram de la maison d’édition. Vous pouvez au choix me les envoyer par mail à lesatelierschimeres@gmail.com ou directement à Sam Guelimi en la contactant par mp sur Instagram.
Bonne écriture.
Je vous laisse avec cet enregistrement d’un extrait de Naissance d’une femme, le recueil par éclats de Sam. Ici, il s’agit d’une pastèque :
À bientôt dans CHIMÈRES,
Lucille
Lettres d’hiver, Lettres d’été (Belfond)
Sam Guelimi fait ici référence à Jefferson Selve, Dominique Ristori et Romain Bruna-Rosso, compagnons de route de toujours d’Edwarda
Le Nuancier est le numéro 17 de la revue Edwarda. Amazuz est un ouvrage collectif, paru chez Edwarda en 2025. Vous pouvez vous les procurer sur le site d’Edwarda.




